Ce matin, en arrivant au labo, j'ai croisé quelques ouvriers en jaune et orange fluo qui creusaient un trou au pied de notre bâtiment. Rien de bien exceptionnel puisqu'un immeuble flambant neuf se dresse dans le coin et nous sommes habitués désormais à voir des traces de chantiers sur notre lieu de travail.
En rentrant du déjeuner que nous avions pris à l'autre bout du campus, nous sommes rentrées dans un bâtiment presque plongé dans le noir (je dis presque parce que le générateur de secours a marché pour nous et les veilleuses marquaient notre passage). Les ouvriers ont croisé un cable haute tension en creusant. Cable qui aurait dû se trouver deux mètres plus loin, mais c'est un détail. Bilan, la moitié du campus dans le noir, dont un immeuble avec un générateur de secours en panne, dûment vidé de ses occupants. Quand on travaille sur des organismes vivants, sur les effets de la lumière, et avec du matériel chatouilleux et excessivement cher une coupure de courant peut rapidement tourner au désastre.
Imaginez :
- Les caméras, refroidies à -75°C par des bains marie à 15°C. Sans courant, les bains marie sont éteints (et pour simplifier les choses, ces mêmes bains marie se remettent à 0°C quand ils sont rallumés, entraînant de la condensation sur les tubes qui rentrent dans les caméras hors de prix, vous voyez l'idée ?), les caméras ne reçoivent plus le signal pour rester à 75°C. Donc non seulement les cinétiques sont stoppées, mais on risque de perdre les caméras si on ne réagit pas vite lorsque le courant est remis.
- Les conditions de lumière et de température pour les plantes. Les plantules poussent dans des cabinets à conditions très contrôllées. Sans courant, plus rien, du noir (autant dire que pour les plantes qui sont censées ne voir que de la lumière...) et une température qui monte (ajoutez à ça l'air conditionné arrêté, il fait chaud dans les salles des machines).
- Les machines de type PCR, qPCR, gels électrophorèse, robots...
- Les congélateurs, -20°C et -80°C contenant tous les tissus, ARN, protéines, produits chimiques qui coûtent deux bras et unejambe.
- Et bien sûr, plus d'ordinateurs ou de réseau. Sachant que plus de 50% du personnel travaille essentiellement sur ordi, c'est pas beau à voir.
Pour ma part, je m'étais fait une raison, mes manips en cours n'arriveraient pas à bout, mais pas de quoi se jeter par la fenêtre. La plupart des plantes préparées pour les futures manips étaient dans le frigo, donc pas encore sujettes à perturbation. Mais malheureusement, je ne peux pas en dire autant de tout le monde. Mauvaise ambiance...
Bon, il semble que les ouvriers aient fait du bon travail, le courant a été remis au bout de 2 heures, ne reste plusqu'à espérer que ça va tenir !

2 commentaires:
pfiou, eh bien, la tuile quoi... bon courage
2 heures, c'est en effet vraiment bien ! Je ne sais pas si nos services français auraient réussi cet exploit...
Bon courage !!!
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