mercredi 18 novembre 2009

#48 - Jinxed, cursed, whatever

Pas grand chose de neuf sur ce blog parce que pas grand chose du côté du labo. Il y a 3 semaines, j'ai déjà dû couper court à une manip parce que les machines ET l'air conditionné ont commencé à perdre la tête. Deux semaines plus tard, je relance une manip, un poil différente puisqu'on essaie de limiter les artefacts. Les plantes sont placées dans les mêmes conditions que celles utilisées pour l'imagerie, dans le but de garder une continuité tout au long de la vie des plantes. Je n'avais pas imaginé que l'intensité lumineuse serait trop faible pour les plantes. Au jour supposé de préparation, les plantes ne sont pas assez développées. Je négocie trois jours supplémentaires avec une collègue mais le lendemain, il faut bien se rendre à l'évidence, ceci est un cul-de-sac.
Bon, ça tombe bien, on vient de racheter de nouvelles lampes, plus puissantes et j'ai créneau de quelques jours pour les tester sur la croissance de plantules. Je prépare rapidement quelques graines et les place dans le nouveau cabinet de croissance. Tiens, une des lampes clignote... Hum, c'est pas bon ça. Deux heures après, la lampe toute neuve est donc morte. Encore raté.
La conclusion de ceci est que pour la deuxièm fois consécutive, je suis obligée de laisser tomber ma manip, et les créneaux libres ne sont pas légions, j'ignore quand je pourrai reprendre la vraie science, et c'est un peu râlant.

jeudi 5 novembre 2009

#47 - Chef d’équipe

Alors que la motivation pour travaille revient petit à petit, j’ai droit à une très grosse semaine. En 48 heures, ma vie professionnelle est en train de prendre un nouveau tournant.

Déjà, mardi, tout a commencé par mon chef qui m’annonce la suite des évènements. En gros, je suis chargée de combiner 4 modèles en un seul. Déjà que deux modèles, c’est pas un cadeau, quatre, je trouve ça assez ambitieux mais je ne désespère pas qu’on embauche du monde pour m’aider ou qu’on monte 15 000 collaborations, parce que c’est sûr que je ne peux pas gérer ça toute seule ! Bon, au moins, j’ai du grain à moudre pour les prochaines semaines.

Aujourd’hui, team meeting. C’est le chef qui parle. Le titre de sa présentation : réorganisation. Bon. Ce qu’il faut savoir quand une équipe grossit de plus en plus avec l’arrivée de nouveaux post-docs et thésards, combiné avec de nouvelles responsabilités extérieures pour le boss, c’est que ce dernier a de moins en moins de temps à consacrer aux membres de l’équipe. Ajoutez à ça des papiers à corriger, des thèses à réviser, des papiers à soumettre, des demandes de bourses à remplir, des collaborations à créer et maintenir, des congrès, des réunions avec la direction de l’institut/Université/(remplit avec l’institution de ton choix)… ça donne une bonne idée de la rareté du temps disponible. Pour exemple, il y a un papier pour Cell, de l’or en pdf, on peut le dire. Ce papier a été accepté il y a 6 semaines. En général, les corrections mineures sont demandées dans la semaine qui suit pour une publication rapide. Et bien ce papier est toujours dans la pile des trucs à faire du chef. Un Cell bordel ! Rajoutez à ça des pressions de la direction pour avoir une organisation transparent et vous obtenez une réunion d’équipe qui s’intitule « Réorganisation ». Et voilà comment je me retrouve à la tête de la sous-équipe « Plants and larger ». Yep. C’est pas du nom qui tape, ça, hein ? Bon, quand à savoir ce que ça veut dire, ça va me prendre plusieurs mois. J’aime les challenges, et il faut reconnaitre que celui de créer une équipe contenant une thésarde en fin de rédaction (mais à 30% seulement de son temps, puisqu’elle appartient aussi à une autre sous-équipe), une thésarde en début de thèse (mais pas à 100 % parce qu’elle appartient aussi à une autre équipe) et moi-même, créer cette équipe donc, sur un sujet qui n’existe pas encore au labo, c’est un sacré challenge, non ?

mardi 20 octobre 2009

#46 - Déphasée

Depuis mon retour de France, j'avais franchement perdu mon mojo. Perte de motivation, d'énergie, d'envie. Je faisais des journées de 5 heures au labo parce que j'y étouffais. J'accomplissais mes devoirs scientifiques, hein, mais j'ai vu dans l'oeil de mon chef qu'il attendait plus de moi, un petit éclat de déception qui n'a même pas réussi à secouer la torpeur qui m'envahissait.
J'ai travaillé un peu avec mes plantes, mises sous le microscope, prises en photo. Cette fois-ci, je les ai éclairées en permanence, histoire de les maintenir heureuses et en vie. Pour cette manip, j'ai réalisé un certain nombre de contrôles, pour vérifier que les observations ne sont pas des artefacts. Un sursaut d'excitation et de peur au moment des résultats. La moitié des plantes sont censées s'allumer en permanence, sans variations, et pourtant ça va, ça vient. Hum. Bon, quand même, et cela a été confirmé par le chef aujourd'hui, les contrôles montrent que ce que je vois n'est pas qu'artefact, ouf. Tout de même, il reste encore beaucoup de vérifications à faire avant d'envoyer tout ça à Nature (oui, je sais, je rêve, mais faut bien, parfois). Tout ça sera lancé demain. Ce lot de plantes a quand même connu la gloire ce matin puisqu'elles sont passées à la télé ! Invasion des chambres de culture par des journalistes venus filmer le chef.
Mon humeur va et vient. Les proches en font les frais. Aujourd'hui, j'avais ma deuxième réunion depuis mon retour. Il fallait quand même donner le change. Et j'ai travaillé. De force. Je me suis botté les fesses, c'est le moi qu'on puisse dire. Moi, tout ce que je voulais faire, c'était regarder Masterchef sur internet... Acculée au mur donc, en 36 heures, je me suis lancée et j'ai bossé. Aujourd'hui, j'ai mené de front le projet microscope, la rédaction du papier, et la recherche de renseignement pour le nouveau projet. Beaucoup de biblio. Et au milieu de tout ça, l'étincelle revient, doucement. Un peu de lumière, un peu d'envie de science. Ouf, je croyais l'avoir perdu, et ça fait du bien.

dimanche 11 octobre 2009

#45 - Réunion au sommet ?

Quand ceux qui prennent les décisions sont très motivés pour lancer quelque chose mais qu'ils n'y connaissent rien (ce qui doit arriver assez souvent, non ?), il font des réunions avec ceux qui y savent quelque chose.
Comment je me suis retrouvée dans cette réunion reste un mystère pour moi mais j'ai pu écouter tranquillement certains chercheurs vendre leur bout de gras, quitte à y mettre un peu de mauvaise foi (la politique et moi, nous ne faisons pas trop bon ménage, j'ai trop tendance à détester les discours stériles).
Toutes ces discussions, alors que finalement la vrai point important était que je suis restée assise pendant 4 heures en face d'un autre bloggeur sans en avoir aucune idée. Et l'apprendre deux jours plus tard par des voies annexes. Qui a dit opportunité ratée ?

#44 - Racines scientifiques

Retour aux sources. Ou plutôt petit retour en arrière pour plusieurs semaines, sur les traces de ma thèse. Le labo est toujours là, il tourne toujours, même après mon départ, je suis presque un peu déçue... Un nouveau thésard à mon bureau et la chef qui squatte ma paillasse. Je suis officiellement rayée de l'équipe. J'en suis un peu nostalgique mais aussi franchement contente, heureusement que je peux aller de l'avant et que ma thèse ne me poursuit pas trop longtemps (à part le dernier article qui est toujours à écrire).

Et là, ça m'a frappé. Comme pour toute carrière bien sûr, le métier de scientifique se construit au fur et à mesure des expériences et des lieux. Petit retour sur mes racines.
  1. INRA Versailles
  2. INRA Jouy-en-Josas
  3. UBC Botanical Garden and Centre for Plant Research, Vancouver
  4. ENS Paris
  5. INRA Versailles
  6. University of Queensland Brisbane
  7. University of Tasmania Hobart
  8. University of Edinburgh
Autant d'étapes qui ont façonné ma façon de travailler, j'y ai appris des gestes techniques et y ai intégré certaines méthodes de pensée. Tout cela mis bout à bout fait que je suis unique dans mes processus de travail, comme tout autre scientifique, finalement. Et ça me plait beaucoup, de ne pas rentrer dans un moule. Humble plébiscite pour de multiples expériences, donc.

samedi 26 septembre 2009

#43 - Avion, rédaction, réunion

... et vacances.

Je suis loin du labo pour 3 semaines. Donc forcément, les manips tournent au ralenti. Ce n'est pas le cas du cerveau, cependant. J'ai pour mission de rédiger deux papiers sur deux sujets complètement différents, youpi !
J'en parlerai donc probablement au cours des prochains mois. Pour le moment, je peux développer un peu plus le sujet 'article' de ce blog, suite à une semaine assez mouvementée qui m'a vue m'arracher les cheveux en réponse à un rapporteur. Un petit article de rien du tout, mais pluridisciplinaire. Or, pour avoir des critiques pertinentes de la part d'un seul rapporteur (pour les néophytes, le rapporteur, ou 'reviewer' dans la langue de Shakespeare, c'est le pénible qui lit votre article et envoie toutes les critiques, souvent en disant que l'article est tellement mauvais qu'il ne peut pas être publié tel quel), pour avoir des critiques pertinentes de la part d'un seul rapporteur (y en a qu'un, de rapporteur, sur un article aussi petit) sur un article pluridisciplinaire, il vaut mieux avoir un rapporteur pluridisciplinaire. Et là, je vais vous dire tout de suite, c'était loin d'être le cas. Au moins, la moitié de l'article n'a pas reçu de critiques, puisque cela ne correspondait pas à la compétence du rapporteur. Mais pour le reste, qu'est-ce que j'ai dû me justifier !!!

Voici donc deux-trois règles que je vais me fixer pour la première fois que je serai rapporteuse :
  • Éviter de commencer une phrase par "je ne suis pas d'accord", si c'est juste pour critiquer, sans demander d'explications complémentaires.
  • Revoir un minimum sa bibliographie avant de faire une critique sur la typographie des gènes (GENE, mutant, PROTEINE ; c'est normal que ça ne soit pas écrit partout pareil)
  • Éviter les points d'exclamations, c'est un peu vexant
  • Etre un peu ouverte sur ce que propose l'article, ne pas foncer tête baissée sur une remarque, sous prétexte qu'on a une expérience difficile avec des chercheurs d'autres disciplines.
Alors nous, on s'est contenté de répondre naïvement aux commentaires aggressifs : "Nous sommes étonnés de ce commentaire, nous l'avons écouté et changé un peu la phrase pour rendre les choses plus claires, mais nous n'avons pas supprimé la phrase comme il était demandé puisque nous maintenons notre idée".

mardi 8 septembre 2009

#42 - Rédaction

Il y a un an, j'étais vaguement habillée, assise à mon bureau, le nez dans des publis, dans un clavier et la tête toute à ma rédaction de thèse. Aujourd'hui, je suis vaguement habillée (casual en haut, pantalon de pyjama en bas), le nez dans des commentaires, dans un clavier, la tête assez concentrée sur ma correction de papier. Différent bureau, différent appartement, différente ville et même différent pays, plus vraiment une thésarde, franchement une post-doc, mais la même fille, les mêmes tics et habitudes. Je rédige 10 minutes, puis je déambule dans la chambre, dans la cuisine, je range un truc, puis je me remets à l'ordinateur pour quelques minutes de travail intense, toujours un peu déconcentrée par la tempête qui fait rage à mes fenêtres.
C'est ça aussi le travail de chercheur. Je râle beaucoup quand je suis dos au mur, à devoir rester devant mon ordinateur pour rédiger. Mais j'aime le travail accompli une fois le papier fini et envoyé. Un petit moment de calme et de soulagement du travail accompli. Avant que ça recommence.